En Normandie, une trans­mis­sion bouclée sur deux ans

Alain Regnault a opté pour un passage de relai en douceur, qu’il prépare depuis 2020 avec un jeune couple motivé par la reprise de son élevage laitier.

Il y a 40 ans d’écart entre Alain Regnault, le cédant et Brian Bocquet, le repre­neur. « Nous sommes rentrés en contact sur face­book il y a deux ans », raconte Alain Regnault qui s’est fixé l’objectif de prendre sa retraite à 62 ans cette année. « Deux années, c’est le minimum pour orga­niser une trans­mis­sion » estime l’éleveur laitier. « Celui qui s’y prend à la dernière minute aura bien du mal à trouver un repre­neur. Il se retrouve le plus souvent obligé de vendre à une autre exploi­ta­tion voulant s’agrandir, car il n’aura pas eu le temps de trouver la bonne personne. »

Dans la région normande, la trans­mis­sion des fermes pose un réel défi. D’ici 2026, près de 10 000 agri­cul­teurs vont atteindre l’âge de la retraite et seront suscep­tibles de trans­mettre leur exploi­ta­tion. Ainsi, un cinquième des terres agri­coles en Normandie pour­rait changer de main. Afin de s’y préparer au mieux, l’anticipation est la meilleure solu­tion pour installer de nouveaux produc­teurs et assurer l’avenir du tissu agri­cole.

Deux années, c’est le minimum pour orga­niser une trans­mis­sion.

Alain Regnault

50 vaches laitières

Le cas d’Alain Regnault démontre que s’atteler très tôt à la recherche d’un repre­neur permet de simpli­fier le parcours. Son exploi­ta­tion de 50 laitières de race normande est passée en bio en 2002. À l’origine, Alain Regnault a repris en 1989 cet élevage fami­lial à la Mouillerie, près de Saint Lo dans la Manche. Il l’a orienté vers une produc­tion durable, basée unique­ment sur l’herbe et un char­ge­ment réduit d’un UGB/ha. Les vaches ne mangent que du foin l’hiver et de l’herbe l’été. Même en année sèche telle que 2022, le cheptel ne manque pas de four­rage car la surface des prai­ries est large­ment dimen­sionnée.

Alain Regnault (à droite) et Brian Bocquet (au centre) sont entrés en contact via une page face­book dédiée aux trans­mis­sions.

Une partie de la produc­tion laitière est commer­cia­lisée dans une coopé­ra­tive bio, et le reste est trans­formé sur l’exploitation. L’associé d’Alain Regnault a en effet mis en place un atelier de de fabri­ca­tion de tome, un fromage qui valo­rise environ 40 000 litres de lait. Les veaux sont élevés pendant trois semaines sur la ferme et vendus pour apporter un revenu addi­tionnel.

Contact par les réseaux sociaux

L’affaire tourne bien, mais Alain Regnault n’a pas prévu de repousser l’âge de sa retraite et son associé, un peu plus jeune, envi­sage de changer d’activité. En 2020, l’éleveur a donc commencé à cher­cher un repre­neur sur les réseaux locaux, liés à la Chambre d’agriculture avec le RDI (Réper­toire Départ Instal­la­tion).

Si c’est un bon outil, qui met en valeur l’exploitation à vendre, il ne suffit pas toujours. Alain Regnault s’est aussi branché sur une page face­book « Trans­mis­sions d’exploitation agri­coles », où il a proposé sa ferme. C’est là qu’il est tombé sur l’annonce de Brian Bocquet, qui cher­chait de son côté à s’installer avec sa compagne Manon. Ils ont rapi­de­ment pris contact. L’éleveur avait à cœur de trouver de jeunes exploi­tants motivés.

J’ai toujours voulu travailler en élevage, auprès des vaches

Brian Bocquet

Et jeunes, ils le sont ! A 22 ans, Brian et Manon vont reprendre la ferme et ses 70 hectares d’herbage au mois de novembre 2022. « Je suis aussi normand, puisque je viens de Seine-mari­time. J’ai toujours voulu travailler en élevage, auprès des vaches », ajoute Brian Bocquet.

À la suite du contact pris sur face­book, il a pu faire son stage d’apprentissage sur la ferme d’Alain Regnault, ce qui lui a permis de connaitre à fond le rythme et les enjeux de cette exploi­ta­tion. Manon de son côté l’accompagne dans ce projet, avec dans l’idée de lancer plus tard un projet équin sur la ferme. Tous deux sont titu­laires d’un BTS produc­tion animale.

Capital bien dimen­sionné

« Nous avons été tout de suite inté­ressés par cette offre, car le capital de l’exploitation tourne autour de 200 000 euros. La plupart des autres offres se situaient plutôt à 400 000 ou 500 000 euros ce qui est trop élevé pour nous qui n’avons pas d’apport. Nous emprun­tons chacun environ 100 000 euros pour nous installer, et tout se passe bien avec la banque. » Si le capital de la ferme de la Mouillerie reste raison­nable, c’est que Alain Regnault a bien anti­cipé son projet.

Je n’ai pas voulu suréva­luer mon exploi­ta­tion afin qu’elle puisse durer dans le temps.

Alain Regnault

« Je n’ai pas voulu suréva­luer mon exploi­ta­tion afin qu’elle puisse durer dans le temps. Depuis long­temps, je me débrouille pour que le capital soit limité. J’ai peu de maté­riel propre, à part un vieux trac­teur, le maté­riel ne doit pas repré­senter beau­coup plus de 9 000 euros. Tout les travaux sont faits en Cuma, qui rassemble une quaran­taine d’exploitants autour de la commune du Dezert où se trouve l’exploitation. J’ai toujours tenu à travailler en Cuma, les récoltes de four­rage sont exécu­tées avec son maté­riel, ce qui réduit consi­dé­ra­ble­ment l’investissement », dit-il.

L’élevage d’Alain possède sa salle de traite, qui a près de vingt ans. « Du maté­riel pas trop sophis­tiqué, ce qui diminue le risque de panne », glisse Brian Bocquet. Une partie des prai­ries qui entourent la ferme est en cours de reprise avec la Safer et Terres de lien. Là aussi, le dossier est bien avancé et presque fina­lisé, mais c’est sans doute l’étape qui demande le plus de temps sur le plan admi­nis­tratif. C’est pour­quoi les deux années de démarche ne sont pas de trop pour boucler le dossier.

 

Ils ont leur propre projet en tête, et c’est bien comme ça car ils ont la volonté d’avancer.

Alain Regnault

Instal­la­tion faci­litée

Dans leur projet, Brian Bocquet et Manon Vasseur auront aussi la chance de pouvoir habiter sur place, dans un bâti­ment en cours de réno­va­tion. Dans un premier temps, cette maison leur sera louée. « Je tenais à ce que les repre­neurs puissent loger sur la ferme, c’est plus facile pour le travail. Plus tard, ils pour­ront acheter la maison et les anciens corps de ferme s’ils le souhaitent », explique Alain Regnault, qui habite pour sa part à 500 mètres de là dans une autre habi­ta­tion plus récente.

« Je ne serai pas loin, mais je vais prendre mes distances dès que les nouveaux exploi­tants seront en place. Nous avons échangé beau­coup nos idées depuis notre rencontre, ils ont leurs propre propre projet en tête et c’est bien comme ça car ils ont la volonté d’avancer », conclut-il. « Mon exploi­ta­tion étant peu inten­sive, ils n’auront pas de mal à inten­si­fier davan­tage s’ils le veulent. »

Chiffres-clés

  • Surface : 70 hectares
  • 50 vaches laitières normandes
  • 170 000 litres de lait
  • 40 000 litres trans­formés à la ferme