Agriculture de précisionUne gestion azotée opti­misée pour de meilleures marges

Au Royaume-Uni, James Goodley accueille sur son exploi­ta­tion le projet “Nitrogen Use Effi­ciency”, réunis­sant agro­nomes, spécia­listes du numé­rique, produc­teurs et experts John Deere. Une colla­bo­ra­tion qui vise à affiner les stra­té­gies de ferti­li­sa­tion afin d’améliorer la marge et de réduire l’impact envi­ron­ne­mental.

Les objec­tifs sont clairs : opti­miser l’efficacité d’utilisation de l’azote, améliorer le timing de l’application, et quan­ti­fier l’intérêt agro­no­mique de la tech­no­logie HarvestLab. Mais aussi accroître la renta­bi­lité. « La ferti­li­sa­tion azotée repré­sente 20 à 40 % du coût de produc­tion des cultures », rappelle David Purdy, respon­sable commer­cial régional chez John Deere au Royaume-Uni.

« Un excès d’azote dans le sol accroît le risque de verse, ce qui compli­quera la récolte, mais égale­ment celui d’une perte de carbone du sol, puisque azote et carbone sont étroi­te­ment liés. L’azote peut aussi migrer vers l’environnement, avec des effets néfastes, sous forme de N2O ou de nitrates. Et bien sûr, dans certains cas, les dépas­se­ments exposent les agri­cul­teurs à des sanc­tions. »

Rappe­lons que le coef­fi­cient d’utilisation de l’azote mesure la capa­cité d’une culture à valo­riser l’azote qui lui est acces­sible. Elle compare la quan­tité d’azote absorbée par la plante à la quan­tité d’azote réel­le­ment dispo­nible, qu’il provienne de la miné­ra­li­sa­tion du sol ou des apports ferti­li­sants.

Une équipe d’agronomes, d’agriculteurs et de spécia­listes John Deere étudie les effets d’une gestion plus fine de l’azote sur la renta­bi­lité et l’environnement. (de gauche à droite : Carl Pitelen, Dr David Purdy, James Goodley).

L’équipe et la méthode

Avec le soutien de Carl Pitelen, respon­sable Inno­va­tions chez le conces­sion­naire John Deere Ben Burgess, James Goodley a initié le premier site d’essais lors de la campagne 2022–2023. L’expérimentation en est aujourd’hui à sa troi­sième année. Deux champs supplé­men­taires ont été retenus pour 2024–2025 : ‘Tivans’, labouré puis emblavé après passage d’une herse rota­tive, et ‘Foot­path’, conduit en semis direct sans travail du sol. Les deux parcelles affichent des sols sablo-limo­neux et ont été semées en blé.


Dispo­sitif de l’essai

Les deux parcelles ont reçu cinq moda­lités diffé­rentes de ferti­li­sa­tion :

  1. Zéro azote, moda­lité témoin (NoN)
  2. 160kg N/ha, la cible fixée par James Goodley pour abaisser ses apports (160FS)
  3. 160kg N/ha asso­ciés à un apport de micro­nu­tri­ments (fer, manga­nèse, molyb­dène, cuivre et zinc), dont plusieurs jouent un rôle clé dans l’assimilation de l’azote (160+micro)
  4. 220kg N/ha, la dose actuel­le­ment appli­quée sur l’exploitation (220)
  5. une appli­ca­tion basée sur le Frame­work for Impro­ving Nitrogen Effi­ciency (FINE, programme britan­nique visant à améliorer l’efficacité de l’azote), corres­pon­dant à 230kg N/ha sur Tivans et 205kg N/ha sur Foot­path. (FINE 230 / FINE 205)

Déve­loppé par Clive Blacker et Joe Walters de Data­Baler, FINE est soutenu par Inno­vate UK (agence britan­nique finan­çant des projets d’innovation dans les secteurs agri­cole, indus­triel et tech­no­lo­gique.). « Pour établir ces préco­ni­sa­tions, ils tiennent compte du stade de végé­ta­tion et des condi­tions du sol, avec une atten­tion parti­cu­lière portée à l’humidité », précise David Purdy. « Inté­grer cette approche dans nos essais nous a beau­coup apporté. »

Chaque moda­lité a été répétée trois fois et répartie selon un schéma aléa­toire. Les données néces­saires au calcul du coef­fi­cient d’utilisation de l’azote proviennent de survols de drones, du capteur NIR HarvestLab monté sur la mois­son­neuse, d’un appa­reil SPAD (mesure de la teneur en chlo­ro­phylle pour estimer l’état azoté), d’analyses de sol et de mesures manuelles, comme les comp­tages de pieds. Un second capteur HarvestLab, installé sur un plateau tour­nant station­naire, a permis d’affiner les compa­rai­sons en condi­tions contrô­lées.

Dispo­sitif d’essai rando­misé et répété sur les parcelles Tivans (gauche) et Foot­path (droite), …
… avec en complé­ment quelques essais en ligne de passage, non présentés ici.

Les résul­tats

Pour l’analyse, les données de flux d’azote entrants et sortants ont été inté­grées dans l’Agro­nomy Analyser, un outil qui crée des micro-parcelles géolo­ca­li­sées permet­tant d’enregistrer préci­sé­ment apports et résul­tats, sans avoir recours à une mois­son­neuse-batteuse de bandes d’essai. Déve­loppé par John Deere, l’outil est utilisé loca­le­ment par Ben Burgess en s’appuyant sur les équi­pe­ments déjà présents sur l’exploitation.

Toutes les données issues …
…des diffé­rentes moda­lités d’essai …
…ont été inté­grées dans l’Agro­nomy Analyser pour analyse.

Le rende­ment moyen de Foot­path (7,43 t/ha), conduit en semis direct, a dépassé de 6 % celui de Tivans (7,02 t/ha), alors même que la ferti­li­sa­tion appli­quée à Foot­path (207 kg N/ha) était infé­rieure de près de 11 % à celle de Tivans (232 kg N/ha). Le sol de Foot­path a égale­ment fourni davan­tage d’azote (71 kg/ha contre 56 kg/ha).

Sans surprise, les moda­lités sans azote sont celles qui ont donné les plus faibles rende­ments : 47 q/ha sur Tivans et 49,3 q/ha sur Foot­path. À l’inverse, les appli­ca­tions FINE, repo­sant sur un calen­drier d’épandage ajusté, ont produit les meilleurs résul­tats : 79,3 q/ha sur Tivans et 86,7 q/ha sur Foot­path. Les apports de 220 unités arrivent en deuxième posi­tion (respec­ti­ve­ment 76,5 et 80,8 q/ha). Avec 160 unités par hectare, l’ajout de micro­nu­tri­ments a systé­ma­ti­que­ment amélioré le rende­ment sur les deux champs. La teneur en protéines augmente globa­le­ment avec les doses d’azote, avec des valeurs légè­re­ment plus élevées sur Tivans que sur Foot­path pour les trai­te­ments 160 + micro, 220 kg et FINE.

Un examen appro­fondi des teneurs en protéines brutes confirme cette tendance. Les témoins sans azote affichent autour de 9,5 %. Les niveaux les plus élevés, supé­rieurs à 12 %, sont observés sous les régimes les plus riches (220 kg et FINE), avec des valeurs cohé­rentes entre les deux sites. Les moda­lités à 160 kg N/ha se situent en moyenne autour de 10,5 %, là encore avec peu d’écart entre les deux champs.


Rende­ment (t/ha)

La moda­lité FINE a permis d’obtenir les meilleurs rende­ments dans les deux parcelles.

Champ ‘Tivans’ – dispo­ni­bi­lité azotée en sol travaillé = 56 kg/ha, rende­ment moyen : 7,02 t/ha
Champ ‘Foot­path’ – dispo­ni­bi­lité azotée en sol non travaillé = 71 kg/ha, rende­ment moyen : 7,43 t/ha

Les pers­pec­tives écono­miques

Il reste à déter­miner la marge asso­ciée à chaque moda­lité. « Notre objectif est de calculer l’optimum écono­mique », indique Carl Pitelen. Avec un prix du blé de 160 £/t (182 €/t) et un coût de l’azote de 360 £/t (418 €/t), la marge sur coût de ferti­li­sa­tion permet de comparer les stra­té­gies. Les trai­te­ments 160 kg + micro­nu­tri­ments et, dans le cas de Foot­path, le proto­cole FINE se détachent nette­ment.


Marge sur coût de ferti­li­sa­tion

Les meilleurs résul­tats écono­miques ont été obtenus avec le trai­te­ment 160 unités d’azote + micro­nu­tri­ments et avec la moda­lité FINE.

Champ ‘Tivans’ – dispo­ni­bi­lité azotée en sol travaillé = 56 kg/ha, rende­ment moyen : 7,02 t/ha
Champ ‘Foot­path’ – dispo­ni­bi­lité azotée en sol non travaillé = 71 kg/ha, rende­ment moyen : 7,43 t/ha

Effi­ca­cité de l’azote

Pour évaluer la préci­sion du HarvestLab, les mesures du capteur embarqué et celles du capteur station­naire ont été compa­rées aux résul­tats d’analyses en labo­ra­toire et à ceux d’appareils de réfé­rence du secteur. « Les régres­sions linéaires montrent une forte corré­la­tion entre les valeurs HarvestLab et les analyses de labo­ra­toire, ce qui confirme la fiabi­lité des mesures en temps réel », souligne David Purdy. L’outil est parti­cu­liè­re­ment utile pour affiner la gestion de l’azote, mais égale­ment pour trier les lots de blé pani­fiable, pouvant poten­tiel­le­ment déblo­quer une prime de 20 à 50 £/t (22,7-56,9 €).


Coef­fi­cient d’utilisation de l’azote (en %)

La moda­lité 160 unités d’azote + micro­nu­tri­ments s’est révélée parti­cu­liè­re­ment effi­cace dans l’utilisation de l’azote.

Champ ‘Tivans’ – dispo­ni­bi­lité azotée en sol travaillé = 56 kg/ha, rende­ment moyen : 7,02 t/ha
Champ ‘Foot­path’ – dispo­ni­bi­lité azotée en sol non travaillé = 71 kg/ha, rende­ment moyen : 7,43 t/ha

En matière d’efficacité, c’est le témoin sans apport azoté qui affiche le coef­fi­cient de l’utilisation de l’azote le plus élevé – supé­rieur à 100 % puisque la plante puise sur l’azote miné­ra­lisé sur la durée de végé­ta­tion. Mais cette stra­tégie réduit la ferti­lité à long terme et reste très défa­vo­rable écono­mi­que­ment. Comme pour la renta­bi­lité, la moda­lité 160 unités + micro­nu­tri­ments montre la meilleure effi­ca­cité d’utilisation de l’azote appliqué, proba­ble­ment grâce au rôle du molyb­dène dans le méta­bo­lisme azoté. Le proto­cole FINE fournit une effi­ca­cité compa­rable.

« Bien sûr, ne pas ferti­liser n’a aucun sens pour un produc­teur. Mais si l’on utilise l’azote intel­li­gem­ment, nos calculs montrent que les marges peuvent être nette­ment amélio­rées », conclut David Purdy.

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