Agriculture de précisionAgri­cul­ture de préci­sion et semis direct sur 220 ha

En misant sur les tech­no­lo­gies de pointe mais aussi grâce à l’adoption du semis direct, la famille Esteve est parvenue à accroître ses rende­ments de 16 % tout en rédui­sant consi­dé­ra­ble­ment sa consom­ma­tion d’intrants. « Le Sillon » s’est rendu en Navarre, au pied des Pyré­nées espa­gnoles, pour rencon­trer le chef d’exploitation.

À 28 ans, Marcos Esteve pilote désor­mais l’exploitation fami­liale de 220 ha, installée dans le nord de l’Espagne. Dans ce secteur béné­fi­ciant d’environ 700 mm de pluie par an — un niveau rela­ti­ve­ment bon à l’échelle régio­nale — l’assolement repose prin­ci­pa­le­ment sur des céréales (blé, orge, avoine), complé­tées par du pois, du colza et de la vesce.

Issue d’un milieu non agri­cole, la famille Esteve a quitté Barce­lone pour s’installer dans un petit village de sept habi­tants. Elle s’est lancée dès 2012 à la produc­tion biolo­gique, avant d’opter en 2016 pour une conduite conven­tion­nelle face au manque de renta­bi­lité. « Avec ce chan­ge­ment, nous cher­chions à retrouver de la renta­bi­lité, sans pour autant renoncer aux acquis du bio en matière de conser­va­tion des sols  », explique Marcos.

Réduire les charges d’engrais

« Nous avions un trac­teur qui n’avait ni auto­gui­dage, ni console, ni ISOBUS », se souvient-il. À l’époque, la ferme n’intègre pas de données à sa prise de déci­sion et les opéra­tions sont plani­fiées en se fiant seule­ment à la météo et aux obser­va­tions visuelles. « Après la campagne de 2017, je me suis rendu compte que notre manière de travailler pouvait être large­ment améliorée. » À la ferti­li­sa­tion, par exemple, il lui arri­vait fréquem­ment de surdoser ou de sous-doser.

Confi­gu­ra­tion du guidage pour l’une de ses parcelles.
Marcos Esteve se prépare à partir au champ avec son trac­teur John Deere 6R185.

« Même dans des situa­tions où 6 m de largeur de travail auraient suffi, je me retrou­vais parfois à couvrir 12 m avec un côté entier coupé – voire 24 ! » L’année suivante, Marcos adopte donc la pesée en continu et la coupure de sections : les écono­mies réali­sées sont spec­ta­cu­laires. Un an plus tard, la famille investit dans un trac­teur John Deere équipé en GPS, console et ISOBUS, lequel assure désor­mais la commu­ni­ca­tion entre trac­teur et épan­deur.

Leasing

L’étape suivante sera marquée par l’achat d’un pulvé­ri­sa­teur et d’un trac­teur supplé­men­taire, un John Deere 6R 155 plus perfor­mant que ses prédé­ces­seurs, doté de télé­mé­trie, de connec­ti­vité avancée et confi­guré pour les demi-tours auto­ma­tiques en bout de champ. De quoi améliorer encore la qualité et la préci­sion du travail.

Marcos a fait le choix de la loca­tion longue durée. « Je m’y retrouve car il est beau­coup plus simple pour nous de payer une mensua­lité et de changer de trac­teur au bout de cinq ans : le maté­riel n’est jamais obso­lète ! Et la formule inclut tout le néces­saire, y compris les pneus et les répa­ra­tions éven­tuelles. Ça donne une certaine tran­quillité d’esprit. » La famille dispose aujourd’hui d’un John Deere 6R 185, en service depuis quelques mois.

Passage au semis direct 

Aupa­ra­vant, les sols étaient travaillés au chisel, suivi d’un pasage de herse à dents. Mais depuis quatre ans, Marcos a opté pour le semis direct sur l’ensemble des parcelles, avec couverts végé­taux et resti­tu­tion de la paille broyée. Il estime à 300 ou 400 heures/an la charge de travail écono­misée rien que par l’abandon du labour.

L’un de ses objec­tifs est de main­tenir un sol vivant, capable de libérer des nutri­ments et de retenir l’humidité. « Le sol est un élément fonda­mental dont il faut prendre soin », estime-t-il. Il calcule que la paille broyée en surface lui apporte chaque année entre 1,2 et 1,5 t de matière orga­nique supplé­men­taire par hectare.

L’analyse compa­ra­tive de diffé­rentes lignes de guidage permet à Marcos Esteve de choisir les plus adap­tées à chaque parcelle.

Marcos docu­mente toutes les lignes de guidage du trac­teur, et ses indi­ca­teurs de fonc­tion­ne­ment.

Les légu­mi­neuses jouent égale­ment un rôle clé dans le système : « Elles sont récol­tées, mais nous les implan­tons avant tout pour améliorer la ferti­lité et la struc­ture. Elles nous apportent 20 à 30 unités d’azote à l’hectare, autant d’engrais écono­misé pour l’année suivante. »

Après la moisson, Marcos sème systé­ma­ti­que­ment un couvert, afin de protéger le sol, d’enrichir sa teneur en matière orga­nique et de favo­riser la réten­tion d’humidité. En période de séche­resse, cet effet tampon se révèle précieux : les cultures résistent mieux au manque d’eau, ce qui fournit un filet de sécu­rité. Le semis direct a bien entendu des incon­vé­nients qu’il faut gérer, dont une pres­sion accrue des limaces, favo­ri­sées par l’humidité.

Docu­men­ta­tion soigneuse

Diplômé en ingé­nierie méca­nique, Marcos reste avant tout un passionné d’agriculture. « L’agriculture de préci­sion ne repré­sente pas l’avenir – elle est déjà là depuis des années », insiste le jeune céréa­lier, qui analyse soigneu­se­ment ses cartes de rende­ment, notam­ment les varia­tions de poids et de taux d’humidité. « Je docu­mente toutes les lignes de guidage du trac­teur, et ses indi­ca­teurs de fonc­tion­ne­ment – consom­ma­tion, régime et charge moteur, tempé­ra­ture, pati­nage des roues… » 

Vue aérienne de l’exploitation fami­liale.

Marcos avec son John Deere 6R 185 au bord d’un champ de céréale.

Il a égale­ment programmé une appli­ca­tion « maison » lui permet­tant de croiser des couches de données issues de diffé­rentes sources, en vue d’automatiser la géné­ra­tion de cartes d’application, « ce qui me permet d’optimiser l’usage des ressources et d’améliorer la renta­bi­lité. »

Sur la voie de l’automatisation

L’intégralité de ces données est chargée sur l’Operations Center de John Deere. Marcos peut ainsi les consulter à tout moment sur son smart­phone en cabine, et sur l’ordinateur une fois rentré au bureau. C’est là qu’il décide du timing et des para­mètres des prochaines opéra­tions. Les cartes sont ensuite direc­te­ment envoyées au trac­teur, qui les met auto­ma­ti­que­ment en œuvre.

Le parc maté­riel de l’exploitation est taillé sur mesure pour ses besoins : un trac­teur, un semoir, un épan­deur, un pulvé­ri­sa­teur et deux bennes. « Le trac­teur est presque auto­nome », sourit Marcos. Une fois dans la parcelle, les voies de guidage, les demi-tours et les doses variables d’intrants (semences, d’engrais et phytos) sont exécutés confor­mé­ment à l’ordre de travail. « Je n’ai plus qu’à prendre le volant entre la ferme et les champs. »

Le sol est un élément fonda­mental dont il faut prendre soin.

Marcos Esteve

De son propre aveu, Marcos consacre beau­coup de temps à opti­miser les lignes de guidage de son trac­teur. « Je les affine en partant des cartes de rende­ment et des données issues des opéra­tions précé­dentes. Je détecte les passages inutiles, ceux où la largeur de travail réelle est bien infé­rieure à celle de l’outil, et je corrige pour les campagnes suivantes. » Résultat : un gain de temps notable par parcelle, une consom­ma­tion de gazole réduite et une moindre usure du maté­riel.

Des résul­tats qui parlent d’eux-mêmes

Toutes les cultures de l’exploitation sont conduites sans irri­ga­tion, avec des rende­ments moyens de 56 q en blé (moyenne régio­nale : environ 47 q), 51 q en orge et 46 q en avoine. En 2025, la pluvio­mé­trie s’est montrée favo­rable, mais la tendance des dernières années reste à la baisse. Malgré tout, Marcos a progres­si­ve­ment augmenté ses rende­ments, avec +22 % en blé depuis 2015.

Côté intrants, les progrès sont spec­ta­cu­laires : –22 % sur les engrais, –40 % en phyto­sa­ni­taires et –12 % sur les semences. La produc­ti­vité du travail a progressé de 30 % d’après les chiffres fournis par la famille, une moyenne qui inclut l’ensemble des opéra­tions. Quant à la consom­ma­tion de gazole, elle s’est vue divisée par trois : de 10 000 litres/an à 3 600 aujourd’hui. « Pour un hectare de céréales, nous consom­mons désor­mais 8,4 l. » Malgré le surcoût d’un semoir de semis direct, Marcos estime que celui-ci est amorti en cinq à six ans.

Les ambi­tions de Marcos ne s’arrêtent pas là : il déve­loppe actuel­le­ment une plate­forme logi­cielle inté­grant de l’intelligence arti­fi­cielle. De quoi opti­miser encore davan­tage les opéra­tions cultu­rales, et la renta­bi­lité de l’exploitation. 

Les résul­tats chif­frés:

+ 16 %
de rende­ment

– 22 %
d’engrais

– 40 %
de phyto­sa­ni­taires

– 22 %
de carbu­rant

– 12 %
de semences

+ 30 %
de produc­ti­vité

– 20 %
de chevau­che­ments