La pomme de terre de Noirmoutier labellisée IGP

Ils cultivent et vendent une pomme de terre de gourmets : Patrick Michaud et Nicolas Paille, dirigeants de la Coopérative de Noirmoutier, se réjouissent de leur IGP décernée en 2020. 

« Un trajet d’une quinzaine d’années nous a été nécessaire pour aboutir au dossier de l’IGP (Indication géographique protégée). Depuis juillet 2020, nous avons obtenu cette reconnaissance européenne, qui nous assure une protection et une surveillance des volumes commercialisés. Et 2021 sera notre vraie première campagne sous IGP », annonce Nicolas Paille, Directeur de la Coopérative.

À Noirmoutier, les premières cultures de pommes de terre primeur ne datent pas d’hier, puisqu’elles remontent à la fin du 18e siècle. Cette île vendéenne bénéficie d’un ensoleillement de 2 200 heures par an, avec des températures moyennes plus élevées que sur le continent. Le précieux tubercule est depuis longtemps cultivé dans ses sols sableux, entre mer et marais salants, avec un savoir-​faire hérité d’une longue tradition.

Nicolas Paille, ingénieur agronome, a travaillé dans la production sur le continent avant de rejoindre la coopérative.

Car les maraîchers de Noirmoutier avaient déjà acquis une belle réputation dès 1875 pour leurs excellents tubercules. Dans les années 1920, l’amélioration variétale donne naissance à la célèbre variété Bonnotte de Noirmoutier, qui deviendra une référence de qualité. Un syndicat de défense agricole naît en 1939 sur l’île, se prolongeant par la création d’une coopérative agricole des producteurs de l’Île de Noirmoutier.

En 1950, les volumes atteignent 4 000 tonnes de pommes de terre primeur. Aujourd’hui, la production approche 12 000 tonnes pour 450 hectares cultivés. Les rendements restent relativement modestes pour cette production à cycle court : entre 18 et 25 tonnes/​ha. Le plus important reste que la tradition se soit perpétuée : 25 agriculteurs regroupés dans la Coopérative cultivent des variétés choisies pour la délicatesse de leur chair.

Une primeur extra

Pourquoi cette pomme de terre sort elle de l’ordinaire ? D’une part, elle brille par sa précocité, car le climat particulièrement clément permet de débuter les plantations au milieu de l’hiver, en janvier. Deux mois plus tard, la récolte en primeur commence dès la mi-mars.

Épandage de goémon sur une parcelle noirmoutrine.

Les derniers arrachages ont lieu au plus tard fin août. Du fait de ce cycle court, la Noirmoutier donne un tubercule exceptionnel par la finesse de sa peau et sa teneur faible en matière sèche, tout au plus 22%.

À la cuisson, les tubercules révèlent une texture fondante et une saveur sucrée qui assurent leur succès auprès des connaisseurs. Ses caractéristiques sont décrites avec précision par l’appellation : « des tubercules d’une taille minimum de 17 mm et maximum de 70 mm, avec une différence admise dans chaque conditionnement de 25 mm au plus. » Une poignée de variétés son élues à Noirmoutier, choisies pour leur chair tendre et gouteuse, de couleur jaune : Sirtema, Lady Christ’l, Bonnotte.… .

Toutes sont obligatoirement inscrites sur une liste sélectionnée par le groupement de producteurs. Précédant l’obtention de l’IGP, un nouveau pas a été franchi ces dernières années par la Coopérative, avec la garantie « 0 résidus ». Depuis 2019, la pomme de terre de Noirmoutier détient aussi le Label rouge pour trois variétés : Sirtema, Iodéa et Lady Christ’l. L’obtention des signes de qualité résulte d’une mobilisation entière.

À toutes les étapes, la qualité se veut irréprochable : plants pré-​germés sur place, plantation en billon, irrigation maîtrisée, défanage mécanique. Toutes les opérations de la production de la « Noirmoutier », de la réception des plants jusqu’au calibrage du produit, sont effectuées dans l’aire géographique. « L’ensemble du suivi cultural est informatisé et centralisé, de façon à avoir une traçabilité totale de chaque lot », ajoute Nicolas Paille.

Fraîcheur assurée

Patrick Michaud, Président de la coopérative et lui-​même producteur

En hiver, les plants subissent une étape de pré-​germination, d’une durée minimale de 8 jours à partir de la mise en germoir chez le producteur. La plantation mécanique n’est autorisée qu’à partir du 10 mars. Avant cette date, la mise en terre doit se faire manuellement. Les producteurs ont alors recours à différents systèmes de pale ou de godet à mâchoire. « Toutes nos pommes de terre sont plantées suivant ces techniques dans de larges billons. Elles restent environ 90 jours en terre.

Nos adhérents cultivent en moyenne 10-​15 hectares de pomme de terre.

Patrick Michaud

Les parcelles sont fertilisées autant que possible avec des algues locales et du fumier de bovin. Lors des premiers arrachages, les tubercules étant fragiles, nous intervenons aussi beaucoup manuellement pour éviter les chocs », explique Patrick Michaud, Président de la Coopérative. La primeur a un atout : elle se passe de stockage. « Tout ce qui arraché dans les champs est lavé, trié, calibré et ensaché le jour-​même pour partir sur les rayons alimentaires.

C’est une garantie totale de fraîcheur, 48 heures après la récolte, nos primeurs se trouvent déjà dans les rayons des petites et grandes surfaces », explique Nicolas Paille. Pour que ce système fonctionne, la Coopérative s’est équipée de trieurs optiques capables de traiter plus de 300 tonnes de tubercules par jour.

Comme par le passé, les agriculteurs de Noirmoutier gèrent de petites surfaces, transmises le plus souvent de génération en génération. La taille moyenne des parcelles tourne autour en 3 000 mètres carrés seulement ! « Nos adhérents cultivent en moyenne 10-​15 hectares, sur lesquels la pomme de terre ne revient que tous les cinq ans. C’est une assurance pour éviter les problèmes parasitaires. »

« De plus, les parcelles destinées à la production en IGP doivent faire l’objet d’une seule culture annuelle », commente Patrick Michaud, ajoutant que l’objectif de l’IGP reste de protéger la filière, et non de développer les surfaces, qui ne sont plus guère extensibles. L’île de Noirmoutier a connu depuis vingt ans développement touristique rapide, qui a grignoté les surfaces arables.

Fort heureusement, une partie de ses terres de marais demeurent inconstructibles. « Notre démarche ne reste pas isolée », conclut Patrick Michaud. « À côté de la pomme de terre primeur, les producteurs de l’île ont aussi entrepris de faire labelliser d’autres ressources locales : le sel, les huitres et certains produits de la pêche ! »