En Ukraine, du CTF sur
15 000 ha

Une meilleure struc­ture du sol grâce à l’utilisation de voies de circu­la­tion fixes, pour accroître les rende­ments et la renta­bi­lité : retour d’expérience sur une exploi­ta­tion d’Europe de l’Est.

Décou­vrir de nouveaux savoir-faire. C’est la raison qui a poussé le direc­teur de l’exploitation ukrai­nienne Kischt­schenzi, Kees Chudincha, à se lancer dans un « voyage d’études » lors duquel il visité plusieurs fermes à l’étranger. En Répu­blique tchèque, il a fait connais­sance avec la méthode des voies de passage perma­nentes, controlled traffic farming, et a décidé de la mettre en œuvre sur son exploi­ta­tion.

« À cette époque, en Ukraine, nous n’avions jamais entendu parler de cette tech­nique », se souvient son chef d’exploitation, Wassili Pensai. L’objectif était notam­ment de réduire le compac­tage. Pensai décrit des effets néga­tifs sur le sol observés jusqu’à un mètre de profon­deur. Les tasse­ments profonds, qui empirent d’année en année, sont un des prin­ci­paux facteurs de dégra­da­tion des sols dans ce pays d’Europe orien­tale. Une compac­tion qui renforce l’érosion ainsi que la perte d’humus. Selon les pédo­logues ukrai­niens, le pays aurait ainsi perdu 0,1 % de son taux humus durant la dernière décennie.

Prio­rité au CTF

Wassili Pensai, chef d’exploitation : « Les symp­tômes de tasse­ment ont presque disparu et la ferti­lité s’améliore. »

Toutes les machines sont désor­mais équi­pées d’un système de guidage qui leur permet de se suivre exac­te­ment les voies prétra­cées saison après saison, sur chaque inter­ven­tion cultu­rale. La méthode est déployée sur les 15 000 ha de l’exploitation. En outre, l’utilisation de pneus larges et basse pres­sion contribue à limiter la contrainte durant les opéra­tions.

La méthode est déployée sur l’exploitation depuis quatre ans déjà. Entre temps, les voies de circu­la­tion ont gagné en portance et se sont quasi­ment muées en chemins ordi­naires qui peuvent être empruntés sans problème après la pluie. Travail du sol, semis ou pulvé­ri­sa­tion… les largeurs des maté­riels doivent être compa­tibles avec l’écartement des traces, en l’occurrence ici, 36 m pour les plus larges.

Amélio­ra­tions

Comme toute méthode, cette approche « raisonnée » de la circu­la­tion a ses avan­tages et ses incon­vé­nients. « Nos voies de circu­la­tion présentent un écart de 36 mètres. Les semoirs et les culti­va­teurs ont une largeur de travail de 12 mètres », explique Wassili Pensai. « Nous dispo­sons donc de voies prin­ci­pales et de voies addi­tion­nelles, qui ont elles aussi été compac­tées au fil des ans, même si dans ce cas le tasse­ment est négli­geable. À ces endroits nous remar­quons néan­moins un affais­se­ment du sol. Nous réflé­chis­sons à rajouter un passage d’outil sur ces bandes de circu­la­tion pour les ameu­blir. »

Autre aspect : la confi­gu­ra­tion des machines. Plus l’écartement des roues est impor­tant, plus la pres­sion exercée par le véhi­cule sur le sol est faible. « Dès le début, nous avons décidé que l’écart entre les roues devait s’élever à trois mètres, ce qui corres­pond à la largeur de nos voies de circu­la­tion », explique le chef d’exploitation.

Le CTF est utilisé depuis quatre ans sur l’exploitation. Les voies sont désor­mais très portantes et peuvent être empruntés sans problème après la pluie.

Des avan­tages concrets

Celui-ci peut témoi­gner d’une amélio­ra­tion constante de la qualité du sol dans les zones qui ne sont jamais emprun­tées. « Bientôt les symp­tômes de tasse­ment auront disparu. La ferti­lité s’améliore en consé­quence », explique Wassili Pensai. « Moins il y a de forces appli­quées sur le sol, plus sa vie micro­bienne se restaure rapi­de­ment. »

Des analyses de sol sont conduites chaque année sur l’exploitation. Parmi les indi­ca­teurs recher­chés se trouvent l’augmentation des lixi­viats, une struc­ture plus meuble, l’amélioration de la capa­cité germi­na­tive dans le sol. Autre valeur de réfé­rence, la plus impor­tante : la stabi­lité des rende­ments.

« Les résul­tats confirment que nous sommes sur la bonne voie : la qualité de notre sol s’améliore conti­nuel­le­ment », déclare Wassili Pensai. Les sols de l’exploitation sont des tcher­no­zioms. « Sur les quatre dernières années, les rende­ments ont graduel­le­ment augmenté. Les coûts liés au travail du sol ont baissé d’environ 15-20 %. »

Travail réduit du sol

Avant de passer au CTF, l’exploitation avait expé­ri­menté avec des tech­niques sans labour, dans un but d’économie d’intrants. « Cela a fonc­tionné dans certains cas, et pas dans d’autres », rapporte Wassili Pensai. « Cet état d’esprit nous a poussé vers le travail simplifié du sol. » Une philo­so­phie que l’exploitation continue à mettre en œuvre aujourd’hui. « Cepen­dant, il est impos­sible de dire si conti­nue­rons à semer en direct, ou bien si nous aurons de nouveau recours à la charrue à l’avenir. Au final, en agri­cul­ture il faut aller avec son temps. »

Les résul­tats confirment que nous sommes sur la bonne voie : la qualité de notre sol s’améliore conti­nuel­le­ment.

Wassili Pensai

Quoiqu’il en soit, il constate des rende­ments plus élevés et les coûts de produc­tion nette­ment plus bas en semis direct. À l’interculture, les résidus végé­taux augmen­tant la ferti­lité et protègent les sols du dessè­che­ment.

Engrais verts

« L’évolution du climat est impré­vi­sible », rappelle le chef d’exploitation Kischt­schenzi. « Mais ce que l’on peut dire avec certi­tude, c’est qu’ici, il y aura moins d’eau et des tempé­ra­tures plus élevées. La préser­va­tion de l’humidité des sols est donc l’un de nos prin­ci­paux objec­tifs. » L’épandage d’engrais orga­niques vise à améliorer ferti­lité et capa­cité de réten­tion. « Cepen­dant, cela ne nous semblait pas aller assez loin. L’année passée, nous avons décidé d’implanter des engrais verts pour avoir un couvert perma­nent. De cette façon, nous augmen­te­rons non seule­ment la biomasse, mais nous stocke­rons plus d’eau dans le sol. »

Le paysage entou­rant l’exploitation a beau­coup changé au fil des ans.

Comme le rapporte Wassili Pensai, les visi­teurs se montrent souvent impres­sionnés par l’amélioration de la struc­ture du sol de l’exploitation grâce au CTF. « Lors d’une démons­tra­tion du semis de bette­raves, nous avons expliqué aux collègues que ces champs ne sont jamais labourés », raconte l’agriculteur. « Eux qui étaient les adeptes de la charrue, ils ont eu du mal à le croire. Notre sol était en effet très meuble, alors que d’après eux leurs exploi­ta­tions affi­chaient des compac­tages massifs. »

 


L’avis du chef d’exploitation

« L’utilisation du CTF suppose de passer au non-labour. C’est quelque chose qu’il faut accepter avant de se lancer. Les champs ne sont plus noirs, ils sont couverts de végétal toute l’année. Certains nous disent que nous sommes des agri­cul­teurs pares­seux qui ne veulent pas travailler la terre. »