L’offre en outils de pilotage de l’irrigation ne cesse de s’élargir. Dans le même temps, de plus en plus de producteurs sont contraint d’adopter une gestion plus fine de leurs apports d’eau, sous peine de subir des pertes en rendement ou en qualité. Attention néanmoins : difficile de ne pas crouler sous les données lorsqu’on se lance dans l’irrigation de précision.
Ici, l’intelligence artificielle faciliterait l’analyse volumes de données considérables, en vue d’apprendre peu à peu aux systèmes à reconnaître des schémas récurrents dans les types de sols, les niveaux d’humidité, l’état physiologique des cultures, la météo ou encore l’évapotranspiration… avec pour objectif de suivre les besoins hydriques des plantes et d’ajuster les apports. Autre application potentielle de l’IA : détecter des variations de pression révélatrices de problèmes sur les réseaux d’irrigation et alerter le chef de culture.

Le bon niveau de contrainte hydrique
Installé dans la Napa Valley, en Californie, Tom Gamble cultive 175 acres de vignes (environ 71 ha) répartis sur 29 parcelles. Pour lui, les raisins destinés aux vins haut de gamme requièrent une gestion très fine de l’eau afin de préserver rendement, qualité et marges. Certaines vignes doivent subir un léger stress hydrique pour des raisins destinés à des vins vendus 200 dollars la bouteille, tandis que d’autres sont davantage irriguées afin de maximiser le tonnage. Déterminer quelles parcelles relèvent de quelle stratégie fait partie du savoir-faire du viticulteur. Tout comme maintenir le bon niveau de contrainte hydrique, ce qui demande une vigilance permanente pour éviter les dérives.
J’utilise souvent une comparaison avec le sport : si vous imposez trop de contraintes à votre corps, vous finirez par vous blesser – et la saison sera terminée.
Tom Gamble

« J’utilise souvent une comparaison avec le sport », explique Tom Gamble. « On ne gagne pas un championnat sans entraînement. Mais si vous imposez trop de contraintes à votre corps, vous finirez par vous blesser – et la saison sera terminée. »
Piloter l’irrigation selon les besoins de la culture
Au fil des années, Tom Gamble a testé de nombreuses technologies pour suivre l’état hydrique de ses vignes : blocs de gypse, sondes à neutrons ou encore chambres à pression. La plupart ont désormais été abandonnés au profit d’un nouveau système d’IA reposant principalement sur des séquences vidéo, réalisées régulièrement par son conseiller en irrigation, Justin Leigon.
À l’aide d’une application sur smartphone, Justin photographie les vignes à des moments-clé de la journée et sous des angles définis, afin de garantir des conditions de lumière comparables. Le système d’IA analyse ensuite les images et les met en relation avec une vaste base de données de mesures du potentiel hydrique foliaire obtenues par chambre à pression. Des stations météo et des capteurs de sol installés dans les parcelles fournissent des données complémentaires, tandis qu’un système automatisé pilote l’ouverture et la fermeture des vannes d’irrigation.
Selon Tom Gamble, ajuster l’eau selon les besoins réels de la culture, plutôt qu’en fonction des horaires de ses équipes d’irrigation, permet un pilotage beaucoup plus fin, ce qui libèrera aussi du temps pour lui et ses salariés, leur permettant de se concentrer sur d’autres missions.


Des outils qui ne remplacent pas l’expérience
« Il faut utiliser son temps le plus intelligemment possible », souligne l’exploitant. « Tous ces outils sont censés nous permettre d’aller observer le vignoble avec davantage de recul, plutôt que de rester focalisés sur les petits détails du quotidien… cela permet d’anticiper davantage et d’être plus proactif. »
Mais cette approche a un coût, rappelle Justin Leigon, non seulement en matériel, mais aussi en temps et en patience. « Il faut être passionné », concède-t-il. « Et accepter les bugs. Les entreprises qui développent ces systèmes font du bon boulot, mais ces technologies sont encore en phase de rodage. Les choses évoluent tous les jours, y compris dans l’architecture logicielle des systèmes. C’est un peu comme recevoir sans arrêt des mises à jour sur ses applications. Nous sommes encore dans une phase pionnière, donc il faut accepter une certaine part de frustration. »
Tom Gamble le précise : les décisions finales restent humaines. « Je ne pense pas que nous ayons totalement lâché les commandes. Nous faisons encore énormément de vérifications. » Tout en poursuivant : « Ces systèmes d’IA nous ont permis de devenir plus réactifs et de gagner en efficacité, et je pense que notre gestion s’est largement améliorée grâce à eux. Mais toutes les données du monde ne remplaceront sans doute jamais l’expérience humaine. »
